Fiche n° 13

“ Les bases théologiques qui définissent notre identité et qui nous rassemblent ”
(cf. Synode National de Vauvert – 1996 – décision XV)

LA VÉRITÉ DANS L’AMOUR

En disant la vérité avec amour,
nous croîtrons à tous égards en celui qui est le chef, Christ. (Eph 4.15)

La vérité et l’amour : deux concepts bibliques inséparables pour les chrétiens. Inséparables parce que la vérité sans l’amour n’est pas libératrice et que l’amour sans la vérité n’est pas constructif. L’amour et la vérité s’équilibrent et se complètent. Ils ne peuvent se manifester l’un sans l’autre. Ils constituent ensemble le principal moteur de croissance et de rayonnement pour l’Eglise à la suite du Christ, l’Aimant et le Véritable par excellence.


1. Notre condition

La condition humaine
L’amour et la vérité sont deux des principales aspirations des êtres humains contre lesquelles ils ne cessent, paradoxalement, de buter. Ils y aspirent au plus profond d’eux-mêmes parce qu’ils ont été créés à l’image de Dieu, dont l’amour et la vérité sont des attributs essentiels. Mais ils butent contre leur incapacité à les mettre en pratique depuis que le péché a rompu la communion naturelle qui existait  à l’origine entre le Créateur et ses créatures. Ainsi, l’homme est-il fondamentalement en manque d’amour. Dans sa quête incessante, il se contente trop souvent de pâles dérivatifs et lui substitue des valeurs opposées. Cette tendance à fausser les choses provient du fait que le péché a introduit le mensonge et la tromperie dans le cœur de l’homme qui se retranche derrière des vérités partielles débouchant sur une conception profondément dénaturée de l’amour (Rom 1.25 ; 2.8).

La condition chrétienne
L’Evangile conjugue à la perfection la vérité et l’amour. Il est la bonne nouvelle de la vérité de l’amour de Dieu manifesté dans le don de Jésus-Christ (Jean 3.16). Vérité sur notre condition de pécheurs et amour du Christ en acte qui ouvre à la réconciliation. Mis au bénéfice du pardon divin, les chrétiens sont appelés à marcher dans les traces de leur Maître qui est le chemin, la vérité et la vie (Jean 14.6), en faisant de l’amour leur signe distinctif (Jean 13.34-35). Cette marche est exigeante parce quelle ne se contente pas de paroles et que les imperfections de notre condition humaine viennent souvent l’entraver. L’amour et la vérité doivent être non seulement des aspirations pour les chrétiens, mais également des sources d’inspiration. Il s’agit d’un processus de vie où la foi et l’espérance sont nécessaires pour vivre l’amour vrai au quotidien (1 Cor 13.13).

Le règne du relativisme
De nos jours les chrétiens, en Occident surtout, sont confrontés à un monde où la notion même de vérité a subi une mutation qui l'éloigne passablement de la conception biblique. Une distinction est établie entre la vérité objective qui touche les sciences dites exactes et la vérité subjective, personnelle qui s’applique aux domaines éthiques et métaphysiques et qui n’est, de toute façon, que relative et provisoire. L'influence de ce climat idéologique marque la théologie contemporaine et les discours d'Eglise. On dira volontiers que la vérité est en soi inaccessible, qu'il faut donc séparer foi et croyance ; que la vérité est une personne (Jésus-Christ), et non un texte écrit (la Bible) ; qu'elle est toujours au-delà de tout langage de telle sorte que même des propositions contradictoires peuvent être reçues ensemble comme ses expressions légitimes. Il s'établit dès lors une certaine mystique qui situe la foi et la relation à Dieu dans un domaine où toute vérification biblique (c'est-à-dire s'appuyant sur le donné objectif de la Parole révélée) est devenue impossible. Il est donc d’autant plus important de bien poser les fondements bibliques au sujet de la vérité à dire avec amour.

2. La vérité : un fondement indispensable

Ancien Testament : le socle
“ Envoie ta lumière et ta vérité, qu’elles me guident ! ” (Ps 43.3)

En hébreu, le concept de vérité contient diverses nuances qui impliquent l’être tout entier. La vérité renvoie à la Parole divine, dont les promesses et les exigences tiennent lieu de fondement à notre foi (Ps 119.105). La fidélité sous-entend l’existence d’un Dieu personnel qui s’engage envers les siens. Et la fiabilité rappelle que le Seigneur est entièrement digne de confiance. C’est lui qui suscite notre réponse à son projet d’amour dans la dynamique de l’alliance.

Nouveau Testament : l’éclairage décisif
“ La loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ ” (Jean 1.17)

Sur le socle de l’Ancien, le Nouveau Testament présente une nouvelle étape décisive du plan de Dieu qui vient lui-même en la Personne de son Fils pour nous sauver. Il en résulte que la proclamation de la vérité n’aboutit plus à la condamnation de l’homme – comme avec la loi donnée par Moïse – mais qu’elle est irrémédiablement associée à la grâce offerte en Christ. Ainsi, la vérité devient connaissable et libératrice (Jean 8.32). Le Christ n’a eu de cesse de prononcer des paroles, des témoignages et des jugements conformes à la vérité (Jean 8.16, 40, 45 ; 18.37). Avant de retourner vers son Père, il a prié pour que ses disciples soient sanctifiés par la vérité de la Parole (Jean 17.17, 19). Et une fois glorifié, il leur a envoyé l’Esprit de vérité (Jean 14.17 ; 15.26. 1 Jean 5.6) pour les conduire dans toute la vérité (Jean 16.13) et qu’ils parviennent à la pleine connaissance de la vérité (I Tim 2.4 ; 4.3). Ainsi, les chrétiens – engendrés par la parole de vérité (Jacq 1.18) – sont-ils exhortés :

    - à adorer Dieu en esprit et en vérité (Jean 4.23s) ;

    - à marcher dans la vérité (2 Jean 4. 3 Jean 4) ;

    - à se purifier en obéissant à la vérité (1 Pi 1.22) ;

    - à produire les fruits de la vérité (Eph 4.24) ;

    - à n’agir que pour la vérité (2 Cor 13.8) ;

    - à ne pas faire obstacle à la vérité (Jacq 3.14) ;

    - aimer en action et en vérité (1 Jean 3.18).

Nous voyons donc que la Bible se présente comme une Parole de vérité entièrement fiable qui est appelée à modeler notre pensée et à motiver nos actes.

3. l’amour : La vertu suprême

“ Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. ” (1 Jean 4.8)

Le thème de l’amour est omniprésent dans la Bible. Il est lié à celui de l’élection dans l’Ancien Testament (Deut 7.6-11) et motive toute l’action de Dieu en faveur de son peuple (Osée 2.16-22 ; 11.4). Dans les Evangiles, le Christ est présenté comme celui qui est venu nous aimer jusqu’au bout (Jean 3.16 ; 13.1) de la part du Père et qui lie indissolublement l’amour de Dieu et du prochain (Matt 22.36-40). Les épîtres systématisent cet enseignement (Rom 5.6-11 ; 13.8-10) et en fournissent de nombreuses applications concrètes. La péricope dont est tiré le verset mis en exergue de ce point (1 Jean 4.7-16) synthétise magistralement les trois grands axes de la pensée biblique sur l’amour que sont l’initiative divine, la manifestation suprême de l’amour en Christ et l’appel à aimer concrètement. En écrivant que Dieu est amour, l’apôtre Jean nous fait remonter à la source même de l’amour et nous invite à y puiser constamment notre motivation de vie. La radicalité du commandement de l’amour est la conséquence de l’amour total dont nous sommes l’objet. C’est dans ce sens que Jésus prie pour que les disciples soient aimés du Père comme lui-même l’a été (Jean 17.26).

4. La vérité dans l’amour : le couple idéal

“ L’amour se réjouit de la vérité. ” (1 Cor 13.6)

Plusieurs passages bibliques présentent ensemble les notions de vérité et d’amour, en utilisant parfois d’autres termes équivalents (Ps 41.11 ; 85.11. Col 1.6 ; 2 Jean 3). C’est parce qu’à l’image du couple humain, elles sont faites pour aller ensemble. On pourrait résumer la pensée biblique par une double exigence : l’amour de la vérité et la vérité dans l’amour. C’est vraiment le couple idéal pour charpenter et relier la pensée et l’action chez les chrétiens.

Une progression
Initialement à la conversion puis régulièrement pour sa sanctification, l’homme est invité à recevoir tant l’amour que la vérité qui viennent de Dieu. Cette réception ne se produit pas d’un coup et une fois pour toutes ; il y a une progression nécessaires pour saisir toujours mieux les multiples facettes de l’amour (Eph 4.17ss) et de la vérité. Il s’agit donc de rester réceptifs pour grandir et avancer.

La phase de transmission est, elle aussi, indispensable. Ce que nous avons reçu d’autres, nous devons le communiquer plus loin au nom du Christ (2 Tim 2.2). Les chrétiens sont, en fait, invités à être des “ récepteurs-émetteurs ” On ne peut donner que ce que l’on a reçu (1 Cor 4.7), transmettre que ce que l’on a compris ; il faut donc des convictions étayées. Mais à partir de là, réception et transmission sont appelées à fonctionner en tandem et en alternance. L’objectif de la transmission motive la réception, et c’est en donnant que l’on reçoit le plus. Le chrétien peut ainsi devenir un émetteur dès les premières phases de la réception du message évangélique.

Des lieux d’application
Les différents domaines où nous sommes appelés à vivre sont toujours relationnels, en vis-à-vis. L’amour vrai va se décliner de façon particulière dans chacun d’entre eux, selon qu’il s’agit :
    - de l’amour pour Dieu ;
    - de l’amour envers les frères dans la foi ;
    - de l’amour conjugal ;
    - de l’amour au sein de la famille ;
    - de l’amour du prochain en général ;

Ainsi nous sommes invités à pratiquer l’amour vrai dans l’Eglise et dans le monde (Jean 17. 15) où nous sommes attendus comme vecteurs de l’amour divin et comme témoins de la vérité (Jean 17. 20-23). Cette présence active dans le “ monde des hommes ” où nous passons le plus clair de notre temps est essentielle, mais pas évidente à assumer. D’où l’importance du ressourcement régulier en Eglise.

Des niveaux d’application
Les exigences de l’amour et de la vérité doivent tenir compte des situations rencontrées dans l’Eglise et dans le monde.
La première exigence est de proclamer fidèlement la vérité évangélique pour la conversion des incroyants et l’édification des croyants.
Il s’agit ensuite de défendre la vérité en renversant tout raisonnement qui s’oppose à la connaissance du Christ (2 Cor 13.) Ce devoir de vigilance doit s’exercer dans deux domaines distincts :
    - envers les idées fausses qui circulent dans le monde et qui tiennent les hommes éloignés de la vérité chrétienne ;
    - envers les hérésies dans l’Eglise qui menacent toujours de saper les fondements de la pure doctrine (2 Tim 4.3ss).
Par amour, il faut également adapter le niveau d’exigences aux capacités et à l’état d’esprit des destinataires. Le Christ a été d’une grande sévérité envers les religieux hypocrites (Matt 23.1-36) et d’une étonnante ouverture envers les gens désirant sincèrement le suivre, fussent-ils de mauvaise vie (Luc 7.47-50).
Cette ouverture ne doit pas nous empêcher de dénoncer les pratiques dévoyées dans le monde ni d’exercer une discipline dans l’Eglise pour éviter le désordre et ramener la brebis égarée dans la bergerie (Matt 18.12-22. Jacq 5.19). Mais toujours dans le but de relever la personne en faute en lui disant la vérité dans l’amour, à l’exemple du Christ (Jean 8.11).

5. Dérives et enjeux

L’enjeu fondamental de la vie chrétienne est de maintenir ensemble les exigences de la vérité et la mise en pratique de l’amour. Toutes les dérives proviennent de la négligence d’un de ces deux aspects.

Le drame de la vérité sans amour et le leurre d’un amour sans vérité
Une première dérive consiste à vouloir s’ériger en champions de la vérité, à traquer l’erreur chez les autres, à se spécialiser dans le repérage de la paille dans l’œil d’autrui sans soupçonner la poutre dans le nôtre (Matt 7.3). On manie alors la vérité comme une arme qui blesse plus que comme un instrument au service de son prochain : on manque d’amour !

A l’opposé, la négligence de la vérité au profit d’un amour qui laisse tout passer est également une dérive sournoise. On en vient très vite à relativiser la vérité et, par conséquent, à banaliser l’erreur. L’amour de Dieu ne fait pas l’impasse de la vérité et de la justice, il les magnifie au contraire dans le don du Fils par lequel il triomphe du mal et libère les hommes. La vieille formule n’a rien perdu de son acuité : “ haïr le péché et aimer le pécheur ”.

La perte du fondement objectif
S’il est juste de reconnaître le caractère incomplet, c’est-à-dire relatif, de notre piété, de notre compréhension des Ecritures et de notre engagement chrétien toujours marqués par les limites du péché en nous, il faut veiller à ne pas relativiser le fondement objectif qu’est la Parole de Dieu. Toute remise en question de la vérité biblique est davantage une marque du péché qu’une expression de l’amour divin. Sans ce fondement clair, le Corps du Christ ne peut plus s’édifier dans l’amour ; il reste toujours menacé de se laisser entraîner par des pensées trop humaines            (Eph 4.14-16). C'est la raison pour laquelle les Eglises Réformées Evangéliques se démarquent du pluralisme doctrinal admis dans beaucoup d'Eglises protestantes historiques, et poursuivent – avec d'autres Unions d'Eglises de par le monde – un projet d'Eglise réformée confessante. Le renvoi de la vérité hors du domaine du vérifiable a des conséquences certaines sur l'image que nous nous faisons de l'amour. Plus que jamais cette notion devient livrée à l'affectivité. Et tout naturellement, cette vision édulcorée de l’amour en vient vite à imposer ses règles à la théologie, à l'éthique et à la vie en Eglise.
Sur le fondement objectif de la vérité biblique et en réponse à l’amour manifesté en Christ, nous sommes donc invités, dans l’Eglise et dans le monde, à dire et à vivre humblement la vérité dans l’amour. Cet idéal de vie devrait être le signe distinctif des chrétiens ici-bas.

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