« Quand je suis dans la crainte, en toi je me confie » (Psaume 56.4)
Nous avons parfois peur de dangers bien réels. Et il arrive alors que la peur nous sauve la vie ! Mais il existe une autre peur, mauvaise et plus insidieuse : celle qui anticipe un mal qui n’est pas encore arrivé (et qui, peut-être, n’arrivera jamais). En effet, l’imagination transforme alors une possibilité en probabilité, puis presque en certitude. Nous souffrons aujourd’hui d’un mal qui appartient peut-être à demain. La foi chrétienne ne consiste pas à nier les risques ni à se répéter que « tout ira bien ». Elle nous apprend à ne pas prendre nos scénarios pour des prophéties. Le possible n’est pas le certain. Ce qui nous échappe n’échappe pas à Dieu.
Comment résister concrète- ment à ces mauvaises peurs ?
D’abord en les nommant : « De quoi ai-je exactement peur ? ». Puis en distinguant le fait établi, le risque réel et ce que mon imagination ajoute. Ensuite, en revenant à aujourd’hui : qu’est-ce que Dieu me demande maintenant ? Une décision, une conversation, une démarche, une prière? Jésus nous rappelle : « À chaque jour suffit sa
peine » (Matthieu 6.34). Il faut aussi apprendre à répondre à la peur par la vérité. La peur dit : « Si cela arrive, tout sera perdu.» La foi répond : « Ce sera peut-être douloureux, mais Dieu restera Dieu. » La peur dit : « Tu dois tout maîtriser. » La foi répond : « Je ne maîtrise pas demain, mais je peux confier demain à la Providence de mon Père. »
Une formule entendue autrefois résume bien ce changement de perspective : « Ne dis pas à Dieu : j’ai un grand problème ; mais dis à ton problème : j’ai un grand Dieu ! » Le problème ne disparaît pas pour autant. Il cesse simplement d’occuper tout l’horizon. La victoire sur la peur n’est pas toujours le moment où nous ces- sons de trembler. Elle commence souvent lorsque la peur cesse de décider à notre place.
Vincent BRU, aumônier aux armées





