Faire acte de présence… divine !

Lorsqu’on me demande les raisons de mon engagement dans l’aumônerie militaire, j’aime répondre que ma principale motivation est de servir ceux qui servent.

Lorsqu’on me demande les raisons de mon engagement dans l’aumônerie militaire, j’aime répondre que ma principale motivation est de servir ceux qui servent : « Ainsi, le fils de l’homme est venu non pour être servi mais pour servir… », Mt 20, 28. Ces mots sont d’ailleurs adressés aux disciples alors que ces derniers se préoccupent de leur place auprès de Jésus dans son royaume à venir. Leur demande semble légitime puisque nous recherchons souvent la meilleure place dans un groupe ou une institution. C’est d’ailleurs ainsi que fonctionne l’institution militaire : chacun est à une place bien déterminée, avec une distinction très forte entre les unités et les personnes. Pour ma part, j’ai passé beaucoup de temps à chercher ma place, que ce soit physiquement sur la place d’armes ou lors des réunions ; mais aussi moralement. Car si l’aumônier est rattaché à une base de défense, il n’appartient pas à une unité en tant que telle. J’ai cherché ma place jusqu’au jour où j’ai compris que j’étais appelée à servir ceux qui servent.

J’ai aussi compris que l’important n’était pas tant d’être utile que d’être utilisée ! Être utile aux autres était une motivation importante de mon engagement, et force est de constater que je n’avais pas l’impression d’être très utile au début. Je me suis d’ailleurs demandé si la volonté d’être utile répondait d’abord au désir altruiste d’être au service de l’autre, ou bien plutôt au désir orgueilleux d’être quelqu’un de reconnu ! Et puis je me suis souvenue de la parole de Paul à Philémon (à propos d’Onésime) : « Autrefois, il t’a été inutile, mais maintenant il nous est bien utile, à toi comme à moi. Je te le renvoie et toi accueille-le, lui qui est maintenant une partie de moi-même. » J’ai réalisé non seulement qu’il n’existait pas de critère d’efficacité pour mesurer l’utilité du ministère d’aumônier, mais aussi qu’il était possible d’être inutile et utile selon les moments. L’important était de se soumettre à la souveraineté du Seigneur qui est le maître du temps et des circonstances.

J’ai été alors encouragée par des témoignages qui me montrent qu’être utilisé par Dieu est à la fois moins stressant et beaucoup plus fructueux que de chercher à être utile. Un jeune élève militaire m’a, par exemple, écrit : « Merci beaucoup pour les séances de partage biblique qui m’aident beaucoup dans ma vie ! » Et son collègue m’a demandé : « Savez-vous par où je peux reprendre la lecture de la Bible, ça fait un moment que je ne l’ai pas ouverte et quand je l’ouvre, je ne sais pas trop comment m’y retrouver… Mais les partages bibliques me donnent envie de le faire ! » Enfin, cette femme officier, non chrétienne, qui vit une procédure de divorce très difficile, que j’accompagne et qui me dit que ma disponibilité à son égard lui donne envie de croire à un dieu qui serait aussi disponible pour elle. Je me rappelle aussi ces mots prononcés par un militaire : « Vous, les aumôniers, on ne sait pas vraiment ce que vous faites, mais on remarque quand vous n’êtes pas là ! » À la radio, j’ai aussi récemment entendu cette phrase prononcée par un gréviste, en réponse à un journaliste qui lui demandait pourquoi il participait à une manifestation qui était une cause perdue : « Je fais acte de présence. » Cette phrase a résonné particulièrement en moi. J’ai été soulagée de me dire que mon travail consistait d’abord à être là, à faire acte de présence. Cette mission pourrait sembler dérisoire, voire inutile… Et pourtant, Jésus n’a-t-il pas dit à ses disciples : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde », Mt 28, 20. L’aumônier est donc présent tous les jours pour être un témoin du Dieu vivant au sein du monde militaire, auprès d’hommes et de femmes qui ont tant besoin de se laisser saisir et aimer par lui… Merci de prier pour eux ; aussi pour que j’aie toujours à cœur de servir ceux qui servent, comme un témoin sincère du Christ, en me laissant humblement utiliser par lui pour son dessein, et accepter ainsi de ne pas être toujours au contrôle…

Pasteure Nathalie Vezier. Aumônerie protestante aux armées, base de défense Rochefort-Saintes-Cognac-La Rochelle

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