Fiche n° 10 - UNE EGLISE REFORMEE ET EVANGELIQUE


Dans la vision biblique, le salut vise à sauver des hommes mais, tout autant, à susciter un peuple, une « humanité nouvelle ». C'est pourquoi Dieu n'a pas seulement annoncé une bonne nouvelle que chacun pouvait écouter et recevoir ; dès le commencement, il a choisi et délivré un peuple, Israël, afin de le rassembler par sa Parole et de résider au milieu de lui. Depuis la résurrection du Christ et la venue de l'Esprit à Pentecôte, l'Eglise est ce peuple que Dieu rassemble d'entre toutes les nations. Elle a pour vocation de manifester la vie nouvelle en Christ, son Chef, et de rendre témoignage, en paroles et en actes, de l'espérance du Royaume qui vient.

Par leur enracinement historique et théologique, les Eglises Réformées Evangéliques appartiennent à la branche historique confessante du protestantisme. Elles cherchent à associer la force des fondements inébranlables de la foi révélée à la dynamique d'une Eglise tendue en avant et façonnée par la prière « Que ton règne vienne ».

 

  1. L'Eglise, un peuple qui traverse l'histoire.

a. Un seul peuple dans les deux testaments.

   L’Ecriture souligne à bien des reprises la nouveauté qui apparaît en Christ : le Fils de Dieu, crucifié pour nous, ressuscité afin que nous marchions en nouveauté de vie. Il fait « toutes choses nouvelles »[1]. L’Ancien Testament déjà annonce cette nouveauté, promettant une alliance nouvelle et une « œuvre nouvelle » par laquelle Dieu délivrera son peuple, répandra son Esprit et donnera un cœur nouveau[2].

   Pourtant, cette nouveauté s’inscrit dans une réelle continuité. Si les auteurs bibliques soulignent que la nouvelle alliance rend caduque l'alliance « ancienne »[3] – celle du Sinaï –, ils n'affirment pas moins que la venue du Christ accomplit la promesse faite autrefois à Abraham. Par l'annonce du salut désormais ouverte à toutes les nations, l’alliance avec le Patriarche n'est pas abolie mais parvient à sa plénitude[4].

   En raison de cette continuité il n'est pas question dans l'Ecriture de plusieurs mais d'un seul peuple de Dieu. Ce peuple s’identifie, dans l’Ancien Testament, à Israël et, dans le Nouveau, à l’Eglise composée de tous ceux que le Seigneur appelle « d’entre les Juifs mais aussi d’entre les nations ». Ainsi, lorsque Paul compare le peuple de Dieu à un olivier, il insiste sur le fait qu'il y a un seul arbre.  Les païens qui se rassemblent autour du Christ ne constituent pas une nouvelle entité distincte. Ils sont, au contraire, « greffés » à l'unique olivier qui trouve ses racines dans les Patriarches : Abraham, Isaac et Jacob[5].

   Cette unité se retrouve jusque dans le nom de l'Eglise. Le terme grec pour Eglise  (ekklésia, « assemblée » ou « rassemblement ») traduit un mot hébreu qui désigne à plusieurs reprises le peuple d'Israël délivré d'Egypte et « rassemblé » au pied du mont Sinaï, afin d'entrer en alliance avec le Seigneur[6]. Ailleurs, il fait référence au peuple réuni au temple pour rendre un culte au Dieu du salut[7]. En disant « je bâtirai mon Eglise (ekklésia), et les portes du séjour des morts ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16.18), Jésus ne parle donc pas d'une nouveauté inédite, sans lien avec le passé. Il souligne, au contraire, que les disciples réunis autour de lui prolongeront et renouvelleront le peuple jadis appelé par le Seigneur.

   Où donc se trouve précisément la « nouveauté » du Nouveau Testament ? On peut la déceler dans quatre domaines principaux :

·         Jésus-Christ, accomplit les promesses de l’Ancien Testament concernant le Messie. Il devient le centre et l’aboutissement de la foi chrétienne.

·         La Loi – dont le contenu essentiel (amour pour Dieu et le prochain) et la finalité (la sanctification) ne changent pas – prend pourtant une expression différente. De Torah de Moïse, avec ses sacrifices, ses rites de purification, ses ordonnances alimentaires, etc., elle devient Loi du Christ[8].

  • L’Esprit de Dieu, déjà présent dans l’Ancien Testament, devient l’agent principal de la sanctification. En tant qu’Esprit de Christ, il suscite en nous l’obéissance[9].
  • Les portes d’un salut limité avant tout aux membres d’Israël, s’ouvrent désormais toutes grandes aux non-Juifs : « Il n'y a pas de différence, en effet, entre le Juif et le Grec : ils ont tous le même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l'invoquent. Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Rm 10.12-13)[10].

   La façon la plus juste de parler des différences réelles entre les deux Testaments, ne consiste pas dans des distinctions entre « loi » et « grâce », pas plus qu’entre des perspectives « terrestre » et « céleste » ou « physique » et « spirituel ». Il s’agit avant tout d’une progression de la « promesse » à « l’accomplissement ».

b. Une spiritualité individuelle et communautaire.

   Une telle continuité a des conséquences pour la spiritualité qui, d'un bout à l'autre de l'Ecriture, se définit pour l'essentiel de la même manière : l’attachement au Dieu de la grâce, s’exprimant par l’obéissance à la volonté divine. Les psaumes en particulier montrent que cette communion avec Dieu est centrale dans toute l'Ecriture : « Au ciel, qui me viendra en aide, sinon toi ? Et ici-bas, que désirer, puisque je suis avec toi ? Mon corps peut s'épuiser, mon cœur aussi, mais mon appui, mon bien le plus personnel, c'est toi, Dieu, pour toujours » (Ps 73.24-26, BFC).

   Cependant, cette spiritualité s’inscrit, dans les deux Testaments, dans le cadre du peuple de Dieu. L’Ecriture n’envisage jamais une spiritualité seulement individuelle. Dieu s’attache à un peuple, et les membres de ce peuple sont membres les uns des autres ; ils sont appelés à grandir en tant que croyants dans le cadre d’un corps. C’est d’ailleurs au moyen de cette expression communautaire de la foi que le salut se manifeste vraiment, car la réconciliation avec Dieu prend forme, concrètement, dans la réconciliation avec autrui:

   « Car c'est lui notre paix, lui qui des deux [Juifs et païens] n'en a fait qu'un, en détruisant le mur de séparation, l'inimitié [...] pour créer en sa personne, avec les deux, un seul homme nouveau en faisant la paix et pour les réconcilier avec Dieu tous deux en un seul corps par sa croix, en faisant mourir par elle l'inimitié » Ep 2,14-16.

   L'Eglise en tant que communauté est donc le lieu par excellence où la vie chrétienne devient visible : dans le support et le pardon mutuels, dans l’entraide et l’édification réciproque.

   L’importance de la communauté se voit encore dans la continuité générationnelle de l’Eglise. Le Seigneur s’attache à ceux qui mettent leur confiance en lui mais il étend aussi sa fidélité à leur descendance : « La bienveillance de l'Eternel dure d’éternité en éternité pour ceux qui le craignent, et sa justice  pour les fils de leurs fils » (Ps 103.17)[11]. Le Dieu qui, dans l’Ancien Testament, reçoit les enfants des croyants au sein de l’alliance promet que, dans l’alliance nouvelle aussi, sa fidélité continuera de se manifester ainsi[12]. Le Nouveau Testament considère donc les enfants des croyants comme objets d’une grâce particulière et membres de l’Eglise[13]. Cette assurance ne va pas à l’encontre d’une exigence : les élever en leur enseignant à marcher dans la foi et à saisir de façon personnelle le salut qui leur est offert. Mais cette éducation s’accompagne aussi d’une promesse, en laquelle les parents sont appelés à mettre leur confiance ![14]

   Cette continuité – aussi bien dans la spiritualité qu'à travers les générations – permet de mieux comprendre ce qu'est l'Eglise : celle-ci se définit comme la communauté qui se forme en réponse à l’appel de Dieu et au sein de laquelle ce même appel conduit personnellement ses membres à proclamer leur foi et à s’engager dans une démarche de sanctification.

Chaussée glissante

 

S'appuyant sur cette définition de l'Eglise, la théologie réformée cherche à maintenir l'équilibre – délicat et souvent difficile – entre les deux pôles, « collectif » et « individuel », de la spiritualité biblique :

  • (logo) d’un côté, le « multitudinisme » – l’idée que l’on puisse être un membre légitime de l’Eglise sans être impliqué concrètement par la vie de la communauté – se trouve en porte-à-faux avec l’enseignement de l’Ecriture. Si cette tendance guette souvent les Eglises historiques, elle ne correspond pourtant ni à la vision ni à la pratique des Réformateurs, Calvin en particulier.
  • (logo) de l’autre, une vision individualiste de la foi, où l’Eglise n'est en quelque sorte que la somme totale des croyants individuels qui la composent, est tout aussi dénuée de fondement biblique. Il est en effet frappant de constater que la plupart des lettres du Nouveau Testament sont adressées à des communautés, et de voir combien de passages concernent la vie en Eglise[15].
  1. Une communauté spirituelle mais dans le monde.

a. Eglise visible et invisible

   Quand la théologie de la Réforme parle de l’Eglise comme réalité visible et invisible, il ne s’agit pas de deux Eglises différentes mais de l’unique Eglise décrite de deux façons : telle que les hommes peuvent la voir et telle que Dieu la connaît. En effet, il nous est pas possible de savoir, de façon infaillible, qui a réellement été régénéré par l’Esprit de Dieu et appartient indéfectiblement à Jésus-Christ ; seul Dieu connaît parfaitement les siens. En ce sens, l’Eglise.

  • Pour parler de l’Eglise telle qu’elle apparaît à nos yeux, de l'Eglise objet de la grâce mais marquée par le péché et qui contient en son sein des personnes dont la foi est parfois hypocrite voire factice, nous parlons de « l’Eglise visible ». Les membres de celle-ci évoluent dans l'histoire. Ils sont donc encore en chemin quant à leur foi et leur obéissance. Cette Eglise, appelée à tendre vers l'idéal de la sanctification, est pourtant imparfaite et, suivant les circonstances, plus ou moins fidèle.
  • Si tous les membres de cette Eglise visible ne sont pas d'authentiques croyants, Dieu connaît pourtant parfaitement les siens. Ceux qu'il a choisis, qu'il gardera et sauvera infailliblement, constituent le peuple de Dieu racheté. Ce sont eux qui « hériteront de la vie éternelle » et qui sont « l’Eglise invisible ».

   « Pourtant la solide base posée par Dieu subsiste, scellée par ces paroles : Le Seigneur connaît ceux qui lui appartiennent ; et : Quiconque prononce le nom du Seigneur, qu'il se détourne de l'injustice. Dans une grande maison, il n'y a pas seulement des vases d'or et d'argent, mais il y en a aussi de bois et de terre ; les uns pour un usage noble et les autres pour un usage vil » (2 Tm 2,19-20).[16]

   Il est souvent question dans la Bible de la communauté décrite de façon « idéale », comme la communauté des seuls rachetés[17]. En parlant de cette façon, les auteurs bibliques mettent en évidence ce qui est essentiel dans l’alliance et dans l’Eglise : le salut en Christ et la communion avec le Dieu vivant. Toutefois, l’Ecriture est aussi empreinte de réalisme, et reconnaît que, même dans l’Eglise, « tous n’ont pas la foi »[18].

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b. A quoi l'Eglise se reconnaît-elle ?

   Dire que l'infidélité est une réalité qui guette véritablement le peuple de Dieu fait jaillir une question importante : y a-t-il un moment où une Eglise s'écarte du message biblique à tel point qu'on ne puisse plus parler de vraie Eglise ? Si oui, comment discerner l'Eglise véritable des « contrefaçons » ? Ces questions ont beaucoup préoccupé les Réformateurs. Ceux-ci ont été confrontés, d'un côté, à l’Eglise de Rome qui voyait dans son existence institutionnelle une certaine continuité historique avec l’Eglise des premiers siècles. Cette continuité était censée asseoir sa légitimité. De l’autre côté les Réformateurs ont dû faire face aux courants anabaptistes* qui fondaient l’existence de l’Eglise uniquement sur la conversion authentique de ses membres.

   Face à ces positions contradictoires, les Réformateurs ont insisté sur le fait que la vraie Eglise se reconnaît grâce à des marques précises :

  • La Parole de Dieu y est prêchée fidèlement et reçue par ceux qui l’entendent,
  • Les sacrements (baptême et sainte cène) y sont droitement administrés.
  • À ces deux critères, un troisième a souvent été ajouté : la discipline ecclésiastique y est pratiquée[19].

   Ces affirmations sont importantes car elles rappellent que l’Eglise ne se définit pas d’abord en rapport avec une prérogative historique ou une institution. Son existence n'est pas davantage déterminée, en premier lieu, par une qualité ou disposition spirituelles de ses membres. Elle trouve son origine et sa légitimité dans la proclamation de l’Evangile – comme parole audible et visible – que l'Esprit utilise pour susciter la foi chez ceux qui l’entendent, selon sa volonté. En d’autres termes, l’Eglise se définit avant tout en rapport avec la Parole et la promesse de Dieu. C’est cette parole qui fait surgir dans l’histoire présente « l’alliance éternelle »[20] :

   « Vous [...] avez été régénérés, non par une semence corruptible, mais par une semence incorruptible, par la parole vivante et permanente de Dieu ; car [...] la parole du Seigneur demeure éternellement. Cette parole est celle qui vous a été annoncée par l'Evangile » 1 P 1.23, 25.

Chaussée glissante

Distinguer entre les aspects visible et invisible de l'Eglise, dire que celle-ci est le résultat tout d'abord de la Parole proclamée et non de la foi individuelle, implique une certaine vigilance.

  • (logo) En n’insistant que sur l’Eglise visible, on risque de considérer comme « normaux » ou « tolérables » dans l’Eglise certains comportements ou même dérives doctrinales, qui sont aux antipodes de ce que l’Eglise doit être. Le grand danger ici est de négliger la discipline ecclésiastique sous prétexte que l’Eglise ressemble à « un filet qui contient toutes sortes de poissons », bon et mauvais ![21] Le caractère « mixte » de l'Eglise n’exclut pas le respect des frontières entre « dedans » et « dehors », entre progrès toujours perfectibles dans la foi et comportements susceptibles de nuire à l'Eglise et à soi.
  • (logo) À l’inverse, définir l’Eglise uniquement comme « la communauté des sauvés » fait courir le danger d’exiger que l’Eglise dans le monde soit comme si elle était « déjà au ciel ». Cette position ne prend pas la mesure du cheminement progressif de ceux qui en font partie ni du réalisme dont l’Ecriture fait constamment preuve. Le risque ici est de ne plus considérer telle ou telle communauté comme Eglise parce qu’elle ne se conforme pas entièrement à l’idéal biblique – ou tout simplement à nos propres désirs !

   En définitive, parler de l’Eglise dans sa dimension invisible vise à rappeler que celle-ci est plus grande, et plus glorieuse, que ce que notre seul regard peut en percevoir. Comme l’ont souligné les Réformateurs, parler de l’Eglise est aussi une confession de foi[22]. Cette façon de s'exprimer cherche encore à montrer aux croyants ce vers quoi ils sont appelés à tendre dans leur vie de chrétiens, ce vers quoi l’Eglise doit s'orienter elle aussi, et qui lui est promis par le Seigneur.

  1. Réformé et évangélique : un double héritage

Une Eglise au carrefour du protestantisme

   Sur le plan de l'histoire, les Eglises réformées évangéliques revendiquent deux « sources » principales. D'une part, elles doivent leur origine à la Réforme calvinienne du XVIe siècle, ce qui les rapproche des Eglises réformées et luthériennes. Elles reconnaissent donc volontiers le riche héritage de leurs pères spirituels, Calvin, Luther et les chrétiens huguenots, sévèrement persécutés aux XVIIe et XVIIIe siècles en raison de leur attachement à la Parole de Dieu.

   Ce lien avec la Réforme n'est pourtant pas historique seulement. Il est aussi, voire surtout, d'ordre théologique et spirituel. Il correspond au désir, cher aux Réformateurs, de placer au centre de la spiritualité chrétienne ce qu'on appelle habituellement les « cinq sola » :

  • le souci de n’attribuer la gloire qu’à Dieu seul (soli Deo gloria)
  • le caractère décisif de l'Ecriture, seule norme en matière de foi et de pratique (sola Scriptura)
  • le salut par la seule grâce de Dieu (sola gratia), en Jésus-Christ seul (solus Christus), saisie par le seul moyen de la foi (sola fide).

   D'autre part, les Eglises réformées évangéliques se savent redevables des Réveils qui ont profondément marqué le protestantisme à partir du XVIIIe siècle : le Réveil de Genève, les frères Moraves, le Réveil de la Drôme au siècle passé, etc. Ces mouvements de Réveil ont particulièrement insisté sur l'engagement personnel du croyant dans sa vie de foi et dans l'Eglise. Ils rapprochent nos Eglises des milieux évangéliques, avec lesquels il existe une grande proximité.

   Ce double héritage place les Eglises réformées évangéliques au carrefour du protestantisme français actuel : proches des unes de part leurs origines communes, proches des autres dans leur attachement à l'Ecriture et leur refus du pluralisme doctrinal*. Cet héritage façonne encore les contours spécifiques des Eglises réformées évangéliques dans deux domaines précis :

  • Une Eglise « confessante » : que doit croire l'Eglise ?

   L'importance de la Bible a conduit les Réformateurs à composer des confessions de foi, afin de préciser le contenu de l’Evangile et de la révélation de Dieu. En cela ils cherchaient à rester fidèles à l'orientation indiquée par l'Ecriture elle-même : puisque la vérité et le mensonge ne peuvent se côtoyer, puisque la frontière entre ces deux passent nécessairement aussi par l'affirmation de ce que Dieu a fait dans l'histoire, l'authenticité de la foi dépend du contenu de la confession. Il est donc capital, comme l'apôtre Paul le rappelait à Timothée, de veiller à « garder le bon dépôt »[23].

   Les Eglises Réformées évangéliques sont « confessantes »,  dans le sens où elles définissent leur enseignement en rapport avec des confessions de foi historiques, héritées des XVIe et XVIIe siècles : la Confession dite « de la Rochelle » (1559), le Catéchisme de Heidelberg (1563) et les Canons de Dordrecht (1619). Les pasteurs et enseignants sont tenus d'y adhérer explicitement.

   Les Confessions de foi, et en particulier la confession de foi publique lors du culte, rappellent que l’unité de l’Eglise ne se fonde pas sur des réalités sociologiques ou culturelles, pas davantage sur des sentiments partagés. Elle s’appuie sur la révélation de Dieu dans l’histoire de son peuple, en Jésus-Christ, et dans l’Ecriture comprise comme Parole de Dieu. En confessant la foi de l’Eglise, nous entrons, et nous nous maintenons, dans l’unité de l’Eglise universelle. Il y a une seule foi que nous recevons, ensemble, comme quelque chose que le Dieu trinitaire, dans sa grâce, a choisi de révéler :

« il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous, parmi tous et en tous » (Ep 4.5-6).

   Précisons que les confessions et catéchismes de la Réforme n'ont pas pour but de remplacer l’Ecriture, ni de rendre superflu l’engagement personnel des croyants. Elles visent bien plutôt à redire la vérité de l'Ecriture elle-même afin d'indiquer, pour les pasteurs et membres de l’Eglise à travers les générations, les lignes maîtresses et les points essentiels qui définissent le peuple de Dieu et donnent à la foi son contenu précis.

  • Spiritualité et témoignage

   Un des points forts des mouvements de Réveil a été l'importance du témoignage, la proclamation de l'évangile. L'Eglise n'est pas appelée à cultiver simplement sa spiritualité. Elle est placée dans le monde afin de rendre témoignage à l'évangile, d'être « sel et lumière » au sein de la société qui l'entoure :

   « C'est vous qui êtes le sel de la terre. [...] C'est vous qui êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière brille ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos œuvres bonnes, et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5.13-16).

   Les Eglises réformées évangéliques, avec leurs faiblesses, cherchent à prendre au sérieux le mandat que le Christ ressuscité a confié à ses disciples : proclamer aux nations que « tout pouvoir a été donné » au Fils vivant, afin que tout genou fléchisse devant lui[24].

   Ce témoignage – qui est constamment à renouveler – n'est pas un accessoire ou une simple option parmi d'autres. L'Eglise vit dans l'attente du retour du Christ, du jour où se rassembleront devant lui « des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation », des hommes et des femmes rachetés par son sang  (Ap 5.9). Cette espérance est au centre de la foi chrétienne, et c'est elle qui détermine la raison d'être, comme aussi les multiples activités, de « l'assemblée des élus » dans le monde. Le témoignage auquel l'Eglise est appelée est, avant tout autre chose, l'annonce de cette espérance qui nous anime.

« Sanctifiez dans vos cœurs le Christ qui est Seigneur. Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte » 1 P 3.15, TOB

 

[1]                  Rm 6.4 ; Ap 21.5.

[2]                  Jr 31.31-35 ; Es 43.19 ; Ez 36.25-26.

[3]                  He 8.13.

[4]                  Ga 3.6-17.

[5]                  Rm 11.16-24.

[6]                  Dt 4.10 ; 9.10 ; 18.16, etc.

[7]                  Ps 22.23,26 ; 35.18 ; 40.10, etc.

[8]                  Mt 22.36-40 ; Ga 6.2 ; Ph 2.1-5.

[9]                  Ez 36.27 ; Ga 5.22-23.

[10]               Noter que Paul cite ici l’Ancien Testament (Joël 3.5) !

[11]                Cf. Ex 20.5-6 ; Dt 7.9-10.

[12]                Dt 30.6 ; Es 44.3-5 ; 61.8-9 ; Jr 32.39, etc.

[13]               1 Co 7.14. Le Catéchisme de Heidelberg tire de cet enseignement les consé­quences évidentes pour les sacrements, en ce qui concerne le baptême des enfants des fidèles : « Puisqu’ils appartiennent aussi bien que les adultes à l’alliance de Dieu et à son Eglise, et puisque la rémission des péchés par le sang du Christ et par le Saint-Esprit qui produit la foi, ne leur est pas moins promise qu’aux adultes, ils doivent aussi être incorporés à l’Eglise par le Baptême, qui est le signe de l’Alliance » (Q 74).

[14]                Cf. Es 59.20-21.

[15]                Cf., par exemple, Rm 12.3-16 ; 14.1-23 ; 15.1-7 ; 1 Co 11.17 - 14.40 ; Ph 2.1-4 ; Col 3.9-17 et D. Cobb, « S’édifier les uns les autres : la dimension communautaire de l’édification chrétienne », La revue réformée, 257 (2011), 23-37.

[16]                Littéralement : « Les uns sont pour l'honneur et les autres pour le déshonneur ».

[17]                Ep 1.3-14 ; 2.1-10 ; Ap 7.9-10, etc.

[18]                2 Th 3.2.

[19]                Cf. la Confession belge : « Les marques pour connaître la vraie Eglise sont telles : si l’Eglise use de la pure prédication de l’Evangile et de la pure administration des sacrements, comme le Christ les a institués, si la discipline ecclésiastique est en usage pour corriger les péchés » (art. 29).

[20]                He 13.20.

[21]                Mt 13.47-50.

[22]                Cf. J. Calvin, Institution de la Religion chrétienne, IV.

[23]                1 Tm 6.20 ; 2 Tm 1.12-14.

[24]                Mt 28.18-20 ; Ph 2.9-11.

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